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La Barre-y-va - Maurice Leblanc La Barre-y-va Maurice Leblanc · 1931
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Audiolibro · francese

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Anteprima · Capitolo I
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Après une soirée au théâtre, Raoul d’Avenac rentra chez lui, s’arrêta un instant devant la glace de son vestibule et contempla, non sans quelque plaisir, sa taille bien prise dans un habit du bon faiseur, l’élégance de sa silhouette, la carrure de ses épaules, la puissance de son thorax qui bombait sous le plastron. Le vestibule, par ses dimensions restreintes et son aménagement, annonçait une de ces garçonnières confortables, meublées avec luxe, où ne peut demeurer qu’un homme de goût, ayant l’habitude et les moyens de satisfaire ses fantaisies les plus coûteuses. Raoul se réjouissait, comme tous les soirs, de fumer une cigarette dans son cabinet de travail et de se laisser choir au creux d’un vaste fauteuil de cuir pour y goûter un de ces repos qu’il appelait l’apéritif du sommeil. Son cerveau s’y délivrait alors de toute pensée gênante et s’assoupissait au gré d’une vague rêverie où glissaient les souvenirs de la journée défunte et les projets confus du lendemain. Sur le point d’ouvrir, il hésita. Seulement alors, et tout à coup, il se rendit compte que ce n’était pas lui qui venait d’allumer le vestibule, mais que, à son arrivée, les trois ampoules du lustre répandaient déjà leur triple lumière. « Bizarre, se dit-il. Personne pourtant n’a pu venir ici depuis mon départ, puisque les domestiques avaient congé. Dois-je admettre que je n’ai pas éteint derrière moi lorsque je suis sorti tantôt ? » D’Avenac était un homme à qui rien n’échappait, mais qui ne perdait pas son temps à chercher la solution de ces menus problèmes que le hasard nous pose, et que les circonstances se chargent presque toujours de nous expliquer le plus naturellement du monde. « Nous fabriquons nous-mêmes nos mystères, disait-il. La vie est beaucoup moins compliquée que l’on ne croit, et elle dénoue elle-même ce qui nous paraît enchevêtré. » Et, de fait, lorsqu’il eut franchi la porte qui se trouvait en face de lui, il ne fut pas surpris outre mesure d’apercevoir au fond de la pièce, debout, appuyée contre un guéridon, une jeune femme. « Seigneur Dieu ! s’écria-t-il, voici une gracieuse vision. » Comme dans le vestibule, la gracieuse vision avait allumé toutes les ampoules, préférant sans doute la pleine clarté. Et il put admirer, à son aise, un joli visage encadré de boucles blondes, un corps mince, bien proportionné, assez grand, et qu’habillait une robe de coupe un peu démodée. Son regard était inquiet, sa figure contractée par l’émotion. Raoul d’Avenac ne manquait pas de prétentions, les femmes l’ayant toujours comblé de leurs faveurs. Il crut donc à quelque bonne fortune et accepta l’aventure comme il en avait accepté tant d’autres sans les avoir sollicitées. « Je ne vous connais pas, madame, n’est-ce pas ? dit-il en souriant. Je ne vous ai jamais vue ? » Elle fit un geste qui signifiait que, en effet, il ne se trompait point. Il reprit : « Comment diable avez-vous pu pénétrer ici ? » Elle montra une clef, et il s’exclama : « En vérité vous avez une clef de mon appartement ! Cela devient tout à fait amusant. » Il était de plus en plus persuadé qu’il avait séduit à son insu la belle visiteuse et qu’elle venait à lui, comme une proie facile, avide de sensations rares et toute prête à se laisser conquérir. Il avança donc vers elle, avec son assurance coutumière en pareil cas, résolu à ne point laisser échapper une occasion qui se présentait sous une forme aussi charmante. Mais contre toute attente, la jeune femme eut un recul et raidit ses bras d’un air effrayé : « N’approchez pas ! je vous défends d’approcher… Vous n’avez pas le droit… » Sa physionomie prenait une expression d’épouvante qui le déconcerta. Et puis, presque en même temps, elle se mit à rire et à pleurer, avec des mouvements convulsifs et une telle agitation qu’il lui dit doucement : « Calmez-vous, je vous en prie… Je ne vous ferai aucun mal. Vous n’êtes pas venue ici pour me cambrioler, n’est-ce pas ? ni pour m’abattre d’un coup de revolver ? Alors pourquoi vous ferais-je du mal ? Voyons, répondez… Que voulez-vous de moi ? » Essayant de se dominer, elle murmura : « Vous demander secours. — Mais ce n’est pas mon métier de secourir. — Il paraît que si… et que tout ce que vous tentez, vous le réussissez. — Bigre ! C’est un privilège agréable que vous m’octroyez. Et si je tente de vous prendre dans mes bras, est-ce que je réussirai ? Pensez donc, une dame, à une heure du matin, chez un monsieur… jolie comme vous êtes… séduisante… Avouez que, sans être fat, je puis m’imaginer… » Il s’approcha de nouveau sans qu’elle protestât, lui prit la main et la serra entre les siennes. Puis il lui caressa le poignet et l’avant-bras qui était dénudé, et il eut l’impression soudaine que, s’il l’attirait contre lui, elle ne le repousserait peut-être point, tellement elle était affaiblie par l’émotion. Un peu grisé, il le tenta, très discrètement, après avoir passé sa main derrière la taille de la jeune femme. Mais, à ce moment, l’ayant observée, il vit des yeux si effarés et un si pauvre visage, plein de détresse et de prière, qu’il interrompit son geste et prononça : « Je vous demande pardon, madame. » Elle dit, à voix basse : « Non, pas madame… mademoiselle… » Et elle continua tout de suite : « Oui, je sais, une pareille démarche à cette heure !… il est naturel que vous vous soyez mépris. — Oh ! absolument mépris, dit-il en plaisantant. À partir de minuit, mes idées changent du tout au tout sur les femmes, et j’en arrive à imaginer des choses absurdes, et à me conduire sans aucune délicatesse… Encore une fois, pardonnez-moi. J’ai mal agi. C’est fini ? Vous ne m’en voulez plus ? — Non », dit-elle. Il soupira : « Dieu, que vous êtes délicieuse, et comme c’est dommage que vous soyez venue pour une raison qui n’est pas celle que je croyais ! Ainsi vous venez me voir comme tant de personnes venaient consulter Sherlock Holmes dans son home de Baker Street ? Alors, mademoiselle, parlez et donnez-moi toutes les explications nécessaires. Mon dévouement vous est acquis. Je vous écoute. » Il la fit asseoir. Si rassurée qu’elle fût par la bonne humeur et la gentillesse respectueuse de Raoul, elle demeurait très pâle. Ses lèvres, d’un dessin gracieux, fraîches comme des lèvres d’enfant, se crispaient par moments. Mais il y avait de la confiance dans ses yeux. « Excusez-moi, dit-elle, d’une voix altérée, je n’ai peut-être pas toute ma raison… Cependant je sais bien ce qu’il en est, et qu’il y a des choses… des choses incompréhensibles… et d’autres qui vont venir, et qui me font peur… oui, qui me font peur d’avance, sans que je sache pourquoi… car enfin rien ne prouve qu’elles se produiront. Mon Dieu ! mon Dieu… comme c’est effrayant… et comme je souffre !… » Elle passa la main sur son front avec un geste de lassitude, comme si elle voulait chasser des idées qui l’exténuaient. Raoul eut vraiment pitié de son désarroi, et se mit à rire pour la tranquilliser. « Ce que vous paraissez nerveuse ! Il ne faut pas. Cela n’avance à rien. Allons, du courage, mademoiselle. Il n’y a plus rien à craindre, même de ma part, du moment qu’on me demande secours. Vous venez de province, n’est-ce pas ? — Oui. Je suis partie de chez moi ce matin, et je suis arrivée à la fin de l’après-midi. Tout de suite, j’ai pris une auto qui m’a conduite ici. La concierge, qui croyait que vous étiez là, m’a indiqué votre appartement. J’ai sonné. Personne. — En effet, les domestiques avaient congé et, moi, j’ai dîné au restaurant. — Alors, dit-elle, je me suis servie de cette clef… — Que vous teniez de qui ? — De personne. Je l’avais dérobée à quelqu’un. — Ce quelqu’un ? — Je vous expliquerai. — Sans trop tarder, dit-il… J’ai tellement hâte de savoir ! Mais, une seconde… Je suis sûr, mademoiselle, que vous n’avez pas mangé depuis ce matin, et que vous devez mourir de faim ! — Non, j’ai trouvé du chocolat sur cette table. — Parfait ! Mais il y a autre chose que du chocolat. Je vais vous servir, et nous causerons après, vous voulez bien ? Mais, en vérité, que vous avez l’air jeune… une enfant ! Comment ai-je pu vous prendre pour une dame ! » Il riait et tâchait de la faire rire, tout en ouvrant une armoire d’où il tirait des biscuits et du vin sucré. « Comment vous appelez-vous ? Car enfin il faut bien que je sache… — Tout à l’heure… je vous dirai tout. — Parfait. Du reste je n’ai pas besoin de connaître votre nom pour vous servir. Des confitures, peut-être ?… ou du miel ?… Oui, vos jolies lèvres doivent
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