typereader
De l'Allemagne - Madame Germaine de Staël De l'Allemagne Madame Germaine de Staël · 1766
23 h 46длительность87главC1уровень
Аудиокнига · французском

De l'Allemagne - аудиокнига, слушать бесплатно

23 h 46длительность87главC1уровень
Синхронное аудио Бесплатно

Слушайте De l'Allemagne, Madame Germaine de Staël в озвучке живого голоса - текст подсвечивается слово за словом. Коснитесь любого слова для перевода: аудиокнига становится уроком французский.

Издание: Ernest Flammarion · Озвучка: Christiane Jehanne, LibriVox

Фрагмент · Глава I
0:00-
Синхронный отрывок
En 1810, je donnai le manuscrit de cet ouvrage sur l’Allemagne au libraire qui avait imprimé _Corinne_. Comme j’y manifestais les mêmes opinions, et que j’y gardais le même silence sur le gouvernement actuel des Français que dans mes écrits précédents, je me flattai qu’il me serait aussi permis de le publier; toutefois, peu de jours après l’envoi de mon manuscrit, il parut un décret sur la liberté de la presse d’une nature très singulière; il y était dit, «qu’aucun ouvrage ne pourrait être imprimé sans avoir été examiné par des censeurs». Soit; on était accoutumé en France, sous l’ancien régime, à se soumettre à la censure; l’esprit public marchait alors dans le sens de la liberté et rendait une telle gêne peu redoutable; mais un petit article, à la fin du nouveau règlement, disait que «lorsque les censeurs auraient examiné un ouvrage et permis sa publication, les libraires seraient en effet autorisés à l’imprimer, mais que le ministre de la police aurait alors le droit de le supprimer tout entier, s’il le jugeait convenable». Ce qui veut dire, que telles ou telles formes seraient adoptées, jusqu’à ce qu’on jugeât à propos de ne plus les suivre: une loi n’était pas nécessaire pour décréter l’absence des lois, il valait mieux s’en tenir au simple fait du pouvoir absolu. Mon libraire cependant prit sur lui la responsabilité de la publication de mon livre, en le soumettant à la censure, et notre accord fut ainsi conclu. Je vins à quarante lieues de Paris pour suivre l’impression de cet ouvrage, et c’est là que pour la dernière fois j’ai respiré l’air de France. Je m’étais interdit dans ce livre, comme on le verra, toute réflexion sur l’état politique de l’Allemagne; je me supposais à cinquante années du temps présent, mais le temps présent ne permet pas qu’on l’oublie. Plusieurs censeurs examinèrent mon manuscrit; ils supprimèrent les diverses phrases que j’ai rétablies, en les désignant par des notes; enfin, à ces phrases près, ils permirent l’impression du livre tel que je le publie maintenant, car je n’ai cru devoir y rien changer. Il me semble curieux de montrer quel est un ouvrage qui peut attirer maintenant en France sur la tête de son auteur la persécution la plus cruelle. Au moment où cet ouvrage allait paraître, et lorsqu’on avait déjà tiré les dix mille exemplaires de la première édition, le ministre de la police, connu sous le nom du général Savary, envoya ses gendarmes chez le libraire, avec ordre de mettre en pièces toute l’édition, et d’établir des sentinelles aux diverses issues du magasin, dans la crainte qu’un seul exemplaire de ce dangereux écrit ne pût s’échapper. Un commissaire de police fut chargé de surveiller cette expédition, dans laquelle le général Savary obtint aisément la victoire; et ce pauvre commissaire est, dit-on, mort des fatigues qu’il a éprouvées, en s’assurant avec trop de détail de la destruction d’un si grand nombre de volumes, ou plutôt de leur transformation en un carton parfaitement blanc, sur lequel aucune trace de la raison humaine n’est restée; la valeur intrinsèque de ce carton, estimée à vingt louis, est le seul dédommagement que le libraire ait obtenu du général ministre. Au moment où l’on anéantissait mon livre à Paris, je reçus à la campagne l’ordre de livrer la copie sur laquelle on l’avait imprimé, et de quitter la France dans les vingt-quatre heures. Je ne connais guère que les conscrits, à qui vingt-quatre heures suffisent pour se mettre en voyage; j’écrivis donc au ministre de la police qu’il me fallait huit jours pour faire venir de l’argent et ma voiture. Voici la lettre qu’il me répondit: POLICE GÉNÉRALE CABINET DU MINISTRE _Paris, 3 octobre 1810._ «J’ai reçu, madame, la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire. Monsieur votre fils a dû vous apprendre que je ne voyais pas d’inconvénients à ce que vous retardassiez votre départ de sept à huit jours: je désire qu’ils suffisent aux arrangements qui vous restent à prendre, parce que je ne puis vous en accorder davantage. «Il ne faut point rechercher la cause de l’ordre que je vous ai signifié dans le silence que vous avez gardé à l’égard de l’empereur dans votre dernier ouvrage, ce serait une erreur; il ne pouvait pas y trouver de place qui fût digne de lui; mais votre exil est une conséquence naturelle de la marche que vous suivez constamment depuis plusieurs années. Il m’a paru que l’air de ce pays-ci ne vous convenait point, et nous n’en sommes pas encore réduits à chercher des modèles dans les peuples que vous admirez. «Votre dernier ouvrage n’est point français; c’est moi qui en ai arrêté l’impression. Je regrette la perte qu’il va faire éprouver au libraire, mais il ne m’est pas possible de le laisser paraître. «Vous savez, madame, qu’il ne vous avait été permis de sortir de Coppet que parce que vous aviez exprimé le désir de passer en Amérique. Si mon prédécesseur vous a laissé habiter le département de Loir-et-Cher, vous n’avez pas dû regarder cette tolérance comme une révocation des dispositions qui avaient été arrêtées à votre égard. Aujourd’hui vous m’obligez à les faire exécuter strictement, et il ne faut vous en prendre qu’à vous-même. «Je mande à M. Corbigny[1] de tenir la main à l’exécution de l’ordre que je lui ai donné, lorsque le délai que je vous accorde sera expiré. «Je suis aux regrets, madame, que vous m’ayez contraint de commencer ma correspondance avec vous par une mesure de rigueur; il m’aurait été plus agréable de n’avoir qu’à vous offrir des témoignages de la haute considération avec laquelle j’ai l’honneur d’être, «MADAME, «Votre très humble et très obéissant serviteur, _Signé_: LE DUC DE ROVIGO. _Madame de Staël._ «_P.-S._--J’ai des raisons, madame, pour vous indiquer les ports de Lorient, La Rochelle, Bordeaux et Rochefort, comme étant les seuls ports dans lesquels vous pouvez vous embarquer: je vous invite à me faire connaître celui que vous aurez choisi[2]». * * * * * J’ajouterai quelques réflexions à cette lettre déjà, ce me semble, assez curieuse par elle-même.--Il m’a paru, dit le général Savary, que _l’air de ce pays ne vous convenait pas_; quelle gracieuse manière d’annoncer à une femme alors, hélas! mère de trois enfants, à la fille d’un homme qui a servi la France avec tant de foi, qu’on la bannit, à jamais, du lieu de sa naissance, sans qu’il lui soit permis de réclamer d’aucune manière contre une peine réputée la plus cruelle après la condamnation à mort! Il existe un vaudeville français dans lequel un huissier, se vantant de sa politesse envers ceux qu’il conduit en prison, dit: Aussi je suis aimé de tous ceux que j’arrête. Je ne sais si telle était l’intention du général Savary. Il ajoute que _les Français n’en sont pas réduits à prendre pour modèles les peuples que j’admire_. Ces peuples, ce sont les Anglais d’abord, et, à plusieurs égards, les Allemands. Toutefois je ne crois pas qu’on puisse m’accuser de ne pas aimer la France. Je n’ai que trop montré le regret d’un séjour où je conserve tant d’objets d’affection, où ceux qui me sont chers me plaisent tant! Mais de cet attachement peut-être trop vif pour une contrée si brillante et pour ses spirituels habitants, il ne s’ensuivait point qu’il dût m’être interdit d’admirer l’Angleterre. On l’a vue, comme un chevalier armé pour la défense de l’ordre social, préserver l’Europe pendant dix années de l’anarchie, et pendant dix autres du despotisme. Son heureuse constitution fut, au commencement de la révolution, le but des espérances et des efforts des Français; mon âme en est restée où la leur était alors. A mon retour dans la terre de mon père, le préfet de Genève me défendit de m’en éloigner à plus de quatre lieues. Je me permis un jour d’aller jusqu’à dix, dans le simple but d’une promenade; aussitôt les gendarmes coururent après moi, l’on défendit au maître de poste de me donner des chevaux, et l’on eût dit que le salut de l’État dépendait d’une aussi faible existence que la mienne. Je me résignai cependant encore à cet emprisonnement dans toute sa rigueur, quand un dernier coup me le rendit tout à fait insupportable. Quelques-uns de mes amis furent exilés, parce qu’ils avaient eu la générosité de venir me voir; c’en était trop: porter avec soi la contagion du malheur, ne pas oser se rapprocher de ceux qu’on aime, craindre de leur écrire, de prononcer leur nom, être l’objet tour à tour, ou des preuves d’affection qui font trembler pour ceux qui vous les donnent, ou des bassesses raffinées que la terreur inspire, c’était une situation à laquelle il fallait se soustraire si l’on voulait encore vivre! On me disait, pour adoucir mon chagrin, que ces persécutions continuelles étaient une preuve de l’importance qu’on attachait à moi; j’aurais pu répondre que je n’avais mérité Ni cet excès d’honneur, ni cette indignité. Mais je ne me laissai point aller aux consolations données à mon amour-propre, car je savais

typereader - учите французский, слушая настоящие книги: синхронное аудио, перевод по касанию, словарь и тренировка. Все аудиокниги · Открыть приложение →