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Lors de son séjour à Londres, le prince Florizel de Bohême conquit l’affection de toutes les classes de la société par le charme de ses manières, la culture de son esprit et sa générosité. Ce qu’on savait de lui suffisait à révéler un homme supérieur ; encore ne connaissait-on qu’une bien petite partie de ses actes. Malgré son calme apparent dans les circonstances ordinaires de la vie et la philosophie avec laquelle il considérait toutes les choses de ce monde, le prince de Bohême aimait l’aventure, et ses goûts sous ce rapport ne cadraient guère avec le rang où l’avait placé sa naissance.

De temps en temps, lorsqu’il n’y avait de pièce amusante à voir dans aucun des théâtres de Londres, lorsque la saison n’était favorable ni à la chasse ni à la pêche, ses plaisirs de prédilection, il proposait à son grand écuyer, le colonel Geraldine, une excursion nocturne. Geraldine était la bravoure même ; il accompagnait volontiers son maître. Nul ne s’entendait comme lui à inventer d’ingénieux déguisements ; il savait conformer non seulement sa figure et ses manières, mais sa voix et presque ses pensées à quelque caractère, à quelque nationalité que ce fût ; de cette façon il protégeait l’incognito du prince et il lui arrivait parfois d’être admis avec lui dans des cercles fort étranges. Jamais la police n’était instruite de ces périlleuses équipées, le courage imperturbable de l’un des compagnons, la présence d’esprit, l’adresse et le dévouement de l’autre suffisaient à les sauver de tous les périls.

Un soir, au mois de mars, ils furent poussés par des tourbillons de neige vers un bar voisin de Leicester-Square. Le colonel Géraldine jouait, cette fois, le rôle d’un petit journaliste réduit aux expédients ; le prince avait, comme d’habitude, changé complètement sa physionomie par l’addition de grands favoris et d’une paire de larges sourcils postiches. Ainsi défiguré, il pouvait, quelque connu qu’il fût, défier les gens de soupçonner son identité. Les deux compagnons savouraient donc à petits coups un mélange d’eau de seltz et de rhum dans une entière sécurité.

Questions fréquentes

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